Georges Perec

(1936-1982)

Bibliographie

La présente bibliographie, classée par genre, se concentre surtout sur les entretiens qui ont fait l'objet d'une publication, tous compilés dans les deux volumes de Georges Perec : entretiens et conférences. Elle recense également quelques essais publiés par l'auteur avant la parution de son premier roman ainsi que certaines entrevues télévisuelles et radiophoniques. Comme la correspondance de Perec est surtout composée de remarques personnelles et de jeux d'écriture rarement accompagnés de réflexion substantielle, elle a été exclue de la présente bibliographie. Les entretiens télévisuels et radiophoniques, difficilement accessibles, n'ont pas été dépouillés pour l'instant.
Entretiens et conférences
Georges Perec : entretiens et conférences 1965-1978, Dominique Bertelli et Mireille Ribière (éd.), Paris, Joseph K., 2003, 2 vol.
Citations pertinentes :

« Pouvoirs et limites du romancier français contemporain », conférence prononcée le 5 mai 1967 à l'université de Warwick (Conventry, Angleterre) ; transcription de Leslie Hill
  • « ... je suis devenu écrivain après avoir été romancier » (p. 77)
  • « À l'époque où j'ai commencé à écrire, le mot ‘‘écriture'' n'existait pas dans la langue française. Il y avait des romanciers, il n'y avait pas d'écriture. Le problème de l'écriture ne se posait pas. Le problème qui se posait était un problème de contenu, un problème idéologique; on était en plein dans ce qu'on appelait, ce qu'on appelle, ce qu'on appelait, la ‘‘littérature engagée'' [...] Mon projet de l'époque était – et est toujours resté- proche de la littérature engagée en ce sens que je désirais, je voulais être un écrivain réaliste. J'appelle écrivain réaliste un écrivain qui établit une certaine relation avec le réel. Le réel, je ne savais pas ce que c'était, plutôt je le savais mais ça ne m'était pas d'un très grand secours pour écrire, et cette relation que doit établir l'écriture avec le réel, eh bien je ne savais pas en quoi elle consistait » (p. 78)   
  • « Il faut quelque chose, une espèce de modèle littéraire, quelque chose qui vous permette d'avancer de manière un peu plus sûre. Mon premier modèle a été Brecht. Comme par hasard, je suis allé chercher au théâtre ce que je ne trouvais pas dans le roman, et Brecht m'a appris une chose très importante qui est la notion de distanciation. » (p. 79)
  • « … entre le réel que je vise et le livre que je produis, il y a, il n'y a… il y a seulement l'écriture » (p. 81)
  • « … lorsque j'écris, tous les sentiments que j'éprouve, toutes les idées que j'ai ont déjà été broyés, ont déjà passés, ont déjà été traversés par des expressions, par des formes qui, elles, viennent de la culture du passé. Alors, cette idée en amène encore une autre, à savoir que tout écrivain se forme en répétant les autres écrivains. » (p. 81)
  • «... pendant très longtemps, la littérature française a été écartelée entre une fausse... enfin, dans une fausse... a été prise dans une fausse contradiction, entre ce qu'on appelle la forme et le contenu. Il y avait d'un côté le contenu, c'est-à-dire l'idéologie, ce que le livre raconte, et de l'autre côté la forme, c'est-à-dire non pas l'écriture, mais le style. Dans un roman engagé, il n'y a pas d'écriture, c'est quelque chose qui est parfaitement tabou, on ne parle pas de bien écrire ou de mal écrire, l'écriture est un... est quelque chose qui reste spontané, on ne demande à l'écrivain réaliste de comptes que sur ce qu'il exprime, c'est-à-dire sur son idéologie, sur son contenu. Ceci correspond tout à fait au statut de l'écrivain qui est dans la société un individu privilégié, et qui est d'une certaine manière irresponsable de ce qu'il produit : il produit de la littérature, mais ce n'est pas de sa faute, il la produit parce qu'il a l'inspiration derrière lui, parce qu'il y a une force qui le pousse à écrire, parce qu'il est une espèce de mage inspiré comme l'était Victor Hugo, mais finalement totalement irresponsable. Dans le Nouveau Roman même, l'écriture reste encore quelque chose d'absolument privilégié. Et il faut attendre, il a fallu attendre très longtemps pour que la littérature se revendique elle-même, en tant qu'écriture. Il a fallu attendre d'abord les travaux de Roland Barthes, ensuite un livre de Marthes Robert sur Kafka qui a éclairé de manière vraiment très, très définitive comment ce qu'on appelle la vision du monde de Kafka était absolument inséparable de la technique littéraire utilisée par Kafka, ce qui fait que, finalement, il est possible que la "kafkaïté", ce soit Kafka, mais la "kafkaïté", c'est d'abord un ensemble de phrases, un ensemble de mots, une certaine technique d'écriture mise au point spécifiquement par Kafka à partir, d'ailleurs, d'autres éléments. Et enfin, il a fallu attendre le groupe Tel Quel... Les perspectives ouvertes sont nombreuses. La limite, évidemment, c'est qu'on tombe, on abandonne, si vous voulez le projet réaliste qu'il y a au départ et que l'on tombe véritablement, uniquement, dans une exploration du langage par le langage...» (p. 84-85)

« Entretien Georges Perec / Patrica Prunier », propos recueillis par Patricia Prunier le 2 mai 1967 à Paris

  • « … le Nouveau Roman ne constitue pas un objet par rapport auquel on puisse se placer : il y a d'un côté le roman traditionnel et puis, de l'autre, diverses recherches très différentes » (p. 71)
  • « Or aucun écrivain n'écrit dans le vide, il est nécessaire d'avoir un certain nombre de guides pour rassurer un peu le chemin que l'on parcourt. Ce qui m'a été du plus grand secours, c'est Brecht. Chez Brecht, j'ai trouvé cette idée développée sous une forme théorique par Luckàs qui est la notion de distance. La meilleure manière de convaincre en littérature, c'est de laisser une liberté au lecteur. Cette notion de Brecht développée par Luckàs m'a conduit à une tradition, c'est-à-dire non pas au réalisme socialisme, mais au réalisme critique » (p. 71)
  • « Il y a des oeuvres que je me représente comme des moyens, comme des oeuvres belles et réussies; et d'autre qui tentent de répondre à la question : pourquoi est-ce que j'écris? Évidemment, je ne dis jamais pourquoi j'écris : tout ce que je dis, c'est que j'écris, comment j'écris… C'est-à-dire que certaines oeuvres sont en réalité le produit d'une nostalgie, et d'autres le produit d'une recherche » (p. 185)
  • « Oui, toutes mes oeuvres sont autobiographiques. Les unes constituent mon autobiographie d'écrivain, d'autres sont autobiographiques. Les unes constituent mon autobiographie d'écrivain, et les autres celle d'un homme préoccupé par la recherche d'argent pour vivre (Les choses, par exemple), ou par la mort (Un homme qui dort). Tout consiste à parcourir un chemin ou à remplir un espace. Et, comme je vois deux versants à mon oeuvre, j'en vois deux dans la littérature ou dans l'art en général. Klee et Picasso illustrent très bien ce que je veux dire. L'oeuvre de Picasso est toujours pareille, elle est comme une variation sur un même tableau, malgré la diversité des techniques utilisées. En revanche, chez Klee, chaque tableau est différent, chaque tableau est la résolution d'un problème différent. Je fais partie des artistes comme Klee. » (p. 186)
  • « Joyce a montré qu'il est facile de détruire l'écriture : le problème me paraît être maintenant de la réinventer. C'est pour ça que je suis à l'Oulipo. Je le répète, nous sommes des artisans. » (p. 188)

« Georges Perec: "des règles pour être libre" », propos recueillis par Claude Bonnefroy, Les Nouvelles littéraires, nº 2575, 10-16 mars 1977. 

  • « Il s'appelle La Vie mode d'emploi. Il sera sous-titré « romans », au pluriel, pour souligner la multiplicité des histoires. Au point de départ, il y avait d'abord l'envie d'écrire un gros roman- je ne m'étais encore jamais mesuré à l'épaisseur romanesque dont Moby Dick est pour moi l'exemple- et de raconter des histoires. Mon second point de départ, ce fut l'idée de construire un roman comme on fait un puzzle, avec de petites pièces. » (p. 207)

 « Un livre pour jouer avec », propos recueillis par Jacqueline Piatier, Le Monde, 29 septembre 1978.

  • [À propos de La Vie mode d'emploi ] : « Il se trouve que jusqu'ici mes livres ont toujours été courts. Non par principe. C'était leur dimension. Mais en même temps, j'étais fasciné par une certaine tradition romanesque qui n'existe pratiquement plus dans la littérature contemporaine. Elle commence avec Rabelais, se continue avec Sterne, s'épanouit avec Jules Vernes, Roussel. J'avais envie de me mesurer avec un grand projet où je rassemblerais tout ce que j'appelle roman.[Question : C'est-à-dire?] Des péripéties, des meurtres, des sagas familiales, des voyages, des aventures intérieures… Tout ce qui fait La Vie mode d'emploi.  Un tel projet est aussi une épreuve pour l'auteur : j'ai mis dix ans à écrire ce livre. Et puis il faut trouver le moyen d'agencer ces histoires, construire le système. » (p. 217)
  • « Écrire un roman, ce n'est pas raconter quelque chose en relation directe avec le monde réel. C'est établir un jeu entre l'auteur et le lecteur. Ça relève de la séduction » (p. 218) 
  • « Au début, j'ai cru que le système que j'imaginais allait faire éclater le roman. Je m'aperçois maintenant que c'est une machine à produire du roman, à le faire proliférer » (p. 219)

« Je ne veux pas en finir avec la littérature », propos recueillis par Pierre Lartigue, L'Humanité, 2 octobre 1978. 

  • « J'ai l'ambition d'énumérer, de cataloguer, de rassembler des connaissances vraies ou fausses : dire ce qu'il y a dans le monde » (p. 222) 
  • « Le plaisir du romanesque est aussi de raconter beaucoup. J'ai soutenu cette boulimie et j'ai rassemblé des histoires pour, après, les faire éclater. Voilà l'idée même du puzzle. Certaines histoires peuvent sembler courtes, mais en fait elles sont construites éparpillées sur plusieurs chapitres et chacune reçoit sa lumière de l'autre… » (p. 222)
  • [À propos de La Vie mode d'emploi ]: « Un jeu sur l'écriture et le roman. Une invitation à jouer. On peut grappiller dans ce roman et trouver des histoires enfouies. Les cinq mille entrées de l'index sont cinq mille pièces que l'on peut rassembler à nouveau. Notez que l'on pourrait pratiquer de la même manière avec la Recherche du temps perdu, reconstituer d'autres épisodes... » (p. 223)
  • « ... un livre n'existe pas tout seul. Il existe parce que d'autres livres l'ont nourri. J'ai inventorié des situations romanesques. J'ai fait entrer dans mes pages des héros de Queneau. J'ai rassemblé les textes que j'aime : Roussel, Sterne. La description d'un cadavre se trouve dans Autobiographies, chapitre dix, de Jacques Roubaud, mais Roubaud l'avait lui-même empruntée à Denis Roche qui lui-même l'avait empruntée à un rapport d'autopsie. Voilà un ricochet à quatre bonds. Cela fait partie du jeu... » (p. 224)
  • « Je ne veux pas en finir avec la littérature. Je veux au contraire donner envie de lire, envie d'écrire. Pour moi, le plaisir de la lecture, c'est celui de mes douze ans, quand je lisais à plat ventre Le Capitaine Fracasse. Je voudrais que mes lecteurs soient ravis, émus, gais. Amusés...», p. 225. 

« Sur la sellette. L'impossible Monsieur Perec », propos recueillis par Jean-Louis Ezine, Les Nouvelles littéraires, nº 2655, 6-12 octobre 1978.

  • « Mon ambition, en mettant La Vie mode d'emploi en chantier, il y a dix ans, était de mettre au point une machine à produire des romans, des enchevêtrements de récits concomitants, un peu à la manière de Dos Passos, le père du " simultanéisme ". Quelque chose comme un brassage encyclopédique, un entassement jusqu'à l'asphyxie, pourquoi pas? Au fond, La Vie mode d'emploi est une métaphore du travail de l'écrivain, de sa mégalomanie et de sa schizophrénie. En marge du texte lui-même, il y a des ébauches de romans possibles, que l'on peut entièrement reconstituer grâce à l'index. J'adore les index.» (p. 227-228)
  • [Question: Vous faites de prouesses, mais êtes-vous un romancier?] « Je veux! Mais naturellement, ce qu'on retient de mon oeuvre, c'est sa versatilité, le fait qu'elle s'applique à des champs très différents, qu'elle soit fondée sur des procédés logiques que je m'impose. Ce sont mes gammes, si vous voulez. Ces exercices me permettent de me dérouiller l'esprit, comme un pianiste se dérouille les doigts. Et puis j'aime multiplier les systèmes de contraintes lorsque j'écris : ce sont les pompes aspirantes de mon imagination. » (p. 228) 

« Une minutieuse fascination », propos recueillis par Jean-Pierre Vélis, L'Éducation, nº 363, 12-18 octobre 1978.  

  • « Écrire, c'est d'une certaine manière de réorganiser une matière romanesque qui existe déjà » (p. 231)

« Georges Perec : J'ai fait imploser le roman », propos recueillis par Gilles Costaz, Galerie des arts, nº184, octobre 1978. 

  • « L'Oulipo vise à une remise en cause du roman et à "déconditionner" l'écrivain par rapport aux idées traditionnelles. Nous pensons que toute création passe par un système de contraintes que le créateur ne connaît pas. Tant qu'à faire, il vaut mieux les connaître; cela permet d'aller beaucoup plus vite » (p. 245)
  • [À propos de La Vie mode d'emploi ]: « Je n'ai pas du tout le sentiment d'avoir écrit un livre difficile. C'est du romanesque! Ma première idée, c'était de créer une machine qui ferait imploser le roman. Ma deuxième idée, ce fut de créer une machine qui produirait du roman. En écrivant La Vie, j'ai connu une jubilation romanesque que je n'avais pas connue depuis La Disparition. » (p. 247)

« Vivre et jouer avec les mots », propos recueillis par Patrice Delbourg, ca. Novembre 1978.

  • « Car mon but inavoué, monstrueux, est de saturer le champ de l'écriture contemporain (…) C'est d'ailleurs une attitude multidimensionnelle devant le travail de l'écriture. Une variété d'approche infinie du dictionnaire, car, après tout faire un roman n'est jamais que réorganiser les vingt-six lettres de l'alphabet, je veux dire d'un homme qui s'amuse avec les lettres » (p. 252)
Essais
L.G. Une aventure des années soixante, Paris, Seuil, 1992.
Aperçu du contenu de l'ouvrage

Cet ouvrage posthume réédite certains essais et articles de Georges Perec, dont la plupart ont été publiés avant la parution du premier roman de l'auteur en 1965. Cette liste présente les références bibliographiques originales.
  • « Engagement ou crise du langage», Partisans, no 7, novembre-décembre 1962, p. 171-181. 
  • « L'univers de la science-fiction », Partisans, no 10, mai-juin 1963, p. 118-130. 
  • « Le mystère Robbe-Grillet », Partisans, no 11, juillet-août-septembre 1963, p. 167-170.
  • « Le Nouveau Roman et le refus du réel », Partisans, no 3, février 1962, p. 108-118. 
  • « Pour une littérature réaliste», Partisans, no 4, avril-mai 1962, p. 121-130. 
  • « Robert Antelme ou la vérité de la littérature», Partisans, no 8, janvier-février 1963, p. 121-134.
Émissions télévisuelles et radiophoniques
Les chemins de Georges Perec, émission télévisuelle réalisée par Jean-Claude Hechinger et diffusée sur Antenne 2 le 22 mars 1976. 27mn52.
Résumé :

Entretien avec Vivianne Forrester au domicile de l'écrivain. Perec explique précisément certains algorithmes de La Vie mode d'emploi, discute du projet Lieux et formule quelques remarques sur le roman.
Les Nuits magnétiques, France Culture, émission radiophonique enregistrée et diffusée le 1er mars 1978. Radiodiffusion.
Résumé :

Michel Butor, Jacques Roubaud, Tzvetan Todorov et George Perec discutent de l'évolution des techniques littéraires.

 
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