Paul Morand

(1888-1976)

Dossier

Le roman selon Paul Morand

Se réclamant d'un certain « cosmopolitisme » romanesque, à l'instar de Victor Segalen, Valery Larbaud et André Malraux, Paul Morand souligne dès les années 20 combien le roman est un genre « sans frontières », tant en raison de la réalité toujours renouvelée qu'il révèle, grâce à tout ce que les romanciers rapportent des cultures étrangères, que par son aspect de « capitale moderne », « congestionnée » et hétéroclite, à l'image du monde entier. (…)

Bibliographie

« Droit d'aubaine (1927) », Papiers d'identité, Paris, Grasset, 1931.
« Il faut bien leur ouvrir nos pages [aux « étrangers »] puisque nos autorités leur ouvrent nos frontières. » (p. 201)

« C'est le roman – dont l'aspect congestionné ressemble à tant d'égards à une capitale moderne – qui les accueillera tous. » (p. 201)

« Alors le romancier pose sa plume et commence à regarder autour de lui. Peu à peu, il se laisse gagner par le jeu complexe et chatoyant des races, les combinaisons mobiles de la couleur des peaux et du poil ; les intrigues se compliquent, l'observation se renouvelle, des lointains s'allument et il semble que la terre soit devenue plus chaude. Il ne refusera pas ces richesses nouvelles. » (p. 203)
« Malraux et Les Conquérants (1929) », Papiers d'identité, Paris, Grasset, 1931.
« On nous avait annoncé un affaissement du roman français d'après-guerre : jamais il ne s'est mieux porté. Parfaitement à leur aise dans leur succès, les chefs de file, Mauriac, Maurois, etc… s'y maintiennent sans crise […], jusqu'au surréalisme qui donne enfin sa fleur et cette fleur, Nadja, est un roman. Veut-on, aujourd'hui, voir les directeurs de théâtre pendus à leur sonnette ? Jules Romains et Jean Giraudoux ayant passé par là, il suffit désormais de se dire non plus auteur dramatique, mais romancier.» (p.168)

« Enfin, la consécration de l'étranger : de même que notre peinture contemporaine, c'est Picasso, Chirico, Modigliani, etc… venus peindre à Paris, de même Julien Green, la Princesse Bibesco, Panaït Istrati, Bove, Kessel, nous arrivent des quatre coins du monde pour s'exprimer en français ; et où aboutissent-ils pour être entendus : au roman. » (p.169)

« Les Conquérants nous ouvrent cet inconnu. Cette chronique de Canton nous en dit l'histoire, avec la minutie d'annales du XVIe siècle et avec la sécheresse technique, synthétique d'un rapport de police stendhalien. » (p.170)
« De la vitesse », Papiers d'identité, Paris, Grasset, 1931.
« Les amants modernes ne s'écrivent plus, ils se téléphonent ou se télégraphient ; et c'est à peine s'ils se parlent ; c'est pourquoi les scènes d'amour au théâtre nous semblent maintenant si verbeuses et si fausses. » (p. 285)

« […] le roman de demain ne sera que remplissage ; tout ce qui est long, devient illisible, injouable, invivable. » (p. 287)

« Le style se réduit, s'allège, jusqu'à devenir, comme on dit, télégraphique. Loin d'encourir le reproche d'être payé au mot, il semble qu'à l'écrivain actuel le mot coûte cher, tant il en est avare. Quelle erreur cependant pour l'artiste de croire que la vitesse pure l'enrichit. […] La vitesse tue la forme. D'un paysage vu à 500 à l'heure, que reste-t-il ? Rien. » (p. 288)

« La très grande vitesse ressemble au communisme en ce qu'elle tue l'individuel. Elle appelle et exige l'anonymat. » (p. 289)
« Préface », Prisonnier de Cintra, Paris, Fayard, 1958.
« Je vis, d'abord, dans la nouvelle, une réaction contre les méandres du roman-fleuve et même du roman tout court, inquiétantes formes de la surproduction moderne. » (p. 7)

« La vitesse à laquelle vont les idées, les doctrines, les engagements, permet à la nouvelle de cerner le contenu du moment, sans s'attarder à justifier des personnages. (“Camper”un personnage ; l'homme d'aujourd'hui n'est plus qu'un être campé, une personne déplacée ; dans le roman, il s'installe, il n'est plus locataire, il devient propriétaire ; la nouvelle est un meuble, le roman un immeuble. » (p. 7)

« Un roman, même médiocre, peut contenir de “bonnes pages” ; une nouvelle, non. Elle est ou elle n'est pas. Comme dans l'art de la fresque, une faute ne s'y rattrape pas. […] La nouvelle est un saut périlleux ; elle ne pardonne pas. C'est plus qu'un tour de main, ce serait plutôt un tour de force. » (p. 8)
« Salut à Barnabooth », Mon plaisir… en littérature, Paris, Gallimard, coll. «Idées», 1967.
« Ce soir-là, je rencontrai Barnabooth […], ce personnage sans frontières […]. » (p. 300)
« Le roman du silence », Mon plaisir… en littérature, Paris, Gallimard, coll. «Idées», 1967.
« Un héros comme le mien, qui se tait, volontairement ou malgré lui, est difficile à comprendre, malaisé à décrire, et pourtant je m'y risque dans ce petit livre, aux dimensions d'une longue nouvelle, mais aux tendances d'un roman. » (p. 161)
« Préface », dans Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, Paris, Gallimard coll. «Folio», 1972.
« Non qu'il faille ne pas aimer l'héroïne du Lys dans la vallée, mais elle est vraiment trop innocente […], attendant près de la moitié du roman pour comprendre qu'elle est désirée […]. » (p. 5)

 
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