Valery Larbaud

(1881-1957)

Dossier

Le roman selon Valery Larbaud

Se souvenant d'une offre de Jules Romains de présenter quatre leçons au Vieux-Colombier ayant pour thème « théorie du roman », Larbaud écrit : « À mon grand regret, je ne pus m'en tenir au programme qu'il avait préalablement fixé. Je n'avais jamais pensé organiser ni systématiser mes observations sur les procédures de composition des romans que je lisais ou sur ma propre façon d'écrire.» (Larbaud, 2003, p. 491. (…)

Bibliographie

Articles, préfaces et chroniques
« Charles-Louis Philippe », Ce vice impuni, la lecture. Domaine français, Paris, Gallimard, 1941 [1991].
Citations pertinentes

« Or, c'est bien cela, cette création, que l'on trouve dès que l'on cherche pourquoi les oeuvres des Dickens, des Dostoïevski et des Thomas Hardy nous paraissent si grandes. Chez Philippe comme chez eux on sent un art enfin délivré de la tyrannie des genres, au delà du burlesque et du sublime, un art qui n'a pour base et pour règle que l'intelligence et l'amour, un art “fidèle à la nature” selon le voeu de nos grands classiques. » (p. 234.)

« Cette oeuvre [celle de Charles-Louis Philippe] je l'ai dit, occupe une place très importante dans notre littérature. Entre 1890 et 1900, il y eut chez nous une renaissance littéraire comparable à la renaissance poétique qui se manifesta, entre 1790 et 1800, en Angleterre, et qui fut inaugurée par ce qu'on appela ensuite l'école Lakiste. […] De même chez nous, aux écoles réaliste et psychologique on vit succéder une littérature riche de sentiment et d'émotion. Ce fut un nouveau retour à la nature et au coeur humain. Tout un groupe d'écrivains parut : Maurice Maëterlinck, Maurice Barrès, André Gide, Francis James, Émile Verhaeren, puis Charles-Louis Philippe, et Paul Claudel, et ceux qui les suivirent bientôt. » (p. 240-241.)
« Un roman de Joseph Conrad (1857-1924) », Ce vice impuni, la lecture. Domaine anglais (Œuvres complètes, tome 3), Paris, Gallimard, 1951 [1914].
Citations pertinentes

« Il n'y a pas en Angleterre, comme chez nous, de division bien nette entre le grand public et the happy few, cet “heureux petit nombre” qui a rendu possibles des romans sans intrigue comme ceux de Jean de Tinan ou comme la Mère et l'enfant, et des romans tout en conscience comme l'Immoraliste. » (p. 215)

« […] un des besoins du roman moderne, que la conscience [le] pénètre de plus en plus. Il faut qu'un roman moderne ait une conscience, une faculté critique et morale agissante quelque part : dans les romans de Conrad, cette conscience, c'est le narrateur supposé. » (p. 215)
« Préface » aux Dublinois de James Joyce, traduit de l'anglais par Jacques Aubert, Paris, Gallimard, 1974 [1921 pour la préface].
Citations pertinentes

« [Joyce] abandonnera à peu près complètement la narration et lui substituera des formes inusitées et quelquefois inconnues des romanciers qui l'ont précédé : le dialogue, la notation minutieuse et sans logique des faits, des couleurs, des odeurs et des sons, le monologue intérieur des personnages, et jusqu'à une forme empruntée au catéchisme : question, réponse ; question, réponse. » (p. 23)
« Fernand Vandérem et les manuels d'histoire littéraire », Paris, La Nouvelle revue française, Tome XIX, 1922.
Citations pertinentes

« Il [le roman] a une méthode ; des lois. On ne comprend pas toujours ce que Brunetière veut dire par ce mot : tantôt il paraît penser que ce sont les lois du développement, ou de ce qu'il appelle l'évolution du “genre Roman”, tantôt on dirait qu'il donne des lois selon lesquelles “le Roman” doit être écrit. (Plusieurs fois on lit : “Le Roman doit…”) De cette erreur initiale découle toute la fausseté du livre. » (p. 729)
« Édouard Dujardin », Ce vice impuni, la lecture. Domaine français, Paris, Gallimard, 1941 [1924]. Texte repris aussi en préface des Lauriers sont coupés, Paris, Messein, 1925.
Citations pertinentes

« Mais surtout je fus stupéfait de penser qu'un tel livre [Les lauriers sont coupés d'Édouard Dujardin] d'une valeur littéraire si évidente, et qui contenait toute la technique d'une forme nouvelle, séduisante, riche en possibilités de toute sorte, capable de renouveler le genre “roman” ou de s'y substituer complètement […]. » (p. 249)

« Le progrès vers le monologue intérieur est encore plus sensible chez les prosateurs modernes. On voit la confession, la méditation et l'effusion occuper de plus en plus de place dans leurs ouvrages d'imagination, empiéter de plus en plus sur le récit. Même, à la forme “récit” succède la forme “roman par lettres”, et plus tard la forme “journal intime”, qui côtoie de très près (dans certains livres de Dostoïevski par exemple) la forme employée dans Les lauriers sont coupés, mais cependant basée sur la donnée réelle “journal intime”. Édouard Dujardin a voulu exprimer quelque chose qui n'avait pas encore été exprimé avant lui ; et, c'est ce qui l'a conduit à la découverte, à la création de cette forme. » (p. 250-251)
« Max Beerbohm, Stendhal et Massillon », Technique, Paris, Gallimard, 1932.
Citations pertinentes

« Ah ! Autre chose que ces péripéties, ces rendez-vous d'amour, ces duels, ces évasions, et les fêtes décrites en partie de l'extérieur, comme un spectacle que le lecteur devait se représenter ; – et comment ne pas songer que le cinématographe pouvait tout aussi bien, et peut-être mieux, nous montrer tout ce côté purement matériel d'un récit ? » (p. 117.)
« Préface » à Tandis que j'agonise de William Faulkner, traduit de l'américain par Maurice Coindreau, Paris, Gallimard, 1934.
Citations pertinentes

« Du reste, le traitement de cette forme par M. William Faulkner lui est assez personnelle : il suggère l'image d'une machine à lire et à projeter la pensée, d'une sorte de réflecteur, que le romancier braquerait sur chacun de ses personnages à tour de rôle. » (p. 6)
« Élémir Bourges », Du Navire d'Argent, chroniques traduites de l'espagnol par Martine et Bernard Fouques, édité par Anne Chevalier, Paris, Gallimard (NRF), 2003.
Citations pertinentes

« En écrivant, Bourges ne tient jamais compte de son expérience personnelle de la vie. Mais l'expérience intellectuelle et esthétique existe aussi, et il nous démontre que, sur cette expérience de second degré, on peut édifier des oeuvres de premier ordre, capables, comme l'ont été les siennes, d'enrichir l'art du roman, et d'y introduire ces tendances idéalistes et lyriques qui jouent un rôle si important dans les oeuvres de nos plus récents romanciers. » (p. 356)

« Je crois qu'on peut dire qu'un roman vaut davantage dans la mesure où il est moins adaptable au cinématographe. Cet art (la Dixième muse !) nous a apporté une sorte d'épuration du roman d'aventures : nous voyons mieux ce qu'il y a de vulgaire et de bas dans les éléments “photogéniques”des vieux romans. » (p. 351)
Correspondance, journal
« Lettre à Jacques Rivière du 7 juillet 1913 », Lettres d'un retiré, édité par Michel Bulteau, Paris, La table ronde, 1992.
Citations pertinentes

« Mais je trouve que vous êtes dur pour le roman français. Quelquefois chez les Goncourt, souvent chez A. Daudet, chez Jean de Tinan, chez Huysmans (En rade), dès l'origine chez Gide, on trouve une attitude, une orientation, une disposition, un entraînement vers le roman tel que vous le définissez. Je ne dis rien pour Dostoïevski que je connais mal ; mais pour Dickens, vraiment l'armature de ses livres est bien vieille, bien rouillée, si les étoffes dont il l'a revêt sont neuves et claires.» (p. 71)
« Lettre à Jacques Rivière du 15 juillet 1913 », Lettres d'un retiré, édité par Michel Bulteau, Paris, La table ronde, 1992.
Citations pertinentes

« Ce que vous me dites me flatte beaucoup : que c'est en pensant à Barnabooth que vous avez décrit certaines qualités du Roman d'Aventure. Je suis d'accord avec vous sur tous les points, sauf sur : je n'admets pas que le “Roman d'Aventure”, tel que vous le décrivez (et je crois fermement que c'est bien la forme qu'il prend maintenant pour être d'accord avec l'époque – avec l'état de choses, et les gens à peindre et à faire parler), – je n'admets pas qu'il soit une importation de l'étranger. Je crois que depuis Stendhal – depuis Lesage ! – il a été préparé chez nous – comme ailleurs, mais que les circonstances en ont retardé l'éclosion. […] Et alors arrivent Les Nourritures terrestres et Marie Donadieu.» (p. 74)
Journal (1912-1935), Paris, Gallimard, 1955.
Citations pertinentes

« Et puis un fait m'a frappé, c'est que la valeur d'un roman dépend beaucoup de la valeur des personnages qu'il présente et décrit. C'est là ce qu'entendait Philippe quand il disait se sentir “capable d'écrire une vie de Napoléon.” » (p. 24)
Entretiens
Lorsque l'auteur n'est pas mentionné, il s'agit de Valery Larbaud.
Frédéric Lefèvre, « Valery Larbaud », Une heure avec… (2ème série), Paris, NRF (Les documents bleus), 1924.
Citations pertinentes

« Ramón a écrit quatre autres romans qui valent celui-là [il s'agit de La Veuve blanche et noire], et, prochainement, on va donner un livre de lui qui n'est ni un roman, ni un recueil de notations ; c'est un livre de haute fantaisie qui ne ressemble à rien de ce que nous possédons chez nous : Le docteur invraisemblable. » (p. 220-221)

« L'influence de Joyce peut indiquer des chemins nouveaux et pousser les écrivains à faire tout rentrer dans la littérature. Ulysses témoigne d'une continuelle invention de formes… » (p. 225)
Georges Charensol, « Valery Larbaud », Comment ils écrivent, Paris, Éditions Montaigne, 1932.
Citations pertinentes

« Aussi apprend-t-on sans étonnement que son Journal intime est souvent à la base de ses récits. Ce Journal, quand il l'a utilisé, il le détruit […]. Barnabooth, me dit-il, est un journal artificiel fabriqué de toutes pièces d'après des journaux tenus par moi à Naples, à Florence, etc… » (p. 123 et 125.)
« Enquête sur le roman », Le Bulletin des lettres, no 19, 2ème année, 25 juin 1933.
Citations pertinentes

« Dans les livres comme celui d'Édouard Dujardin et ceux de Marcel Proust, récit et action sont délibérément sacrifiés aux descriptions d'états de conscience. C'est là une nouveauté. […] Il aurait peut-être fallu, vers ce moment-là, trouver un mot nouveau pour désigner cette forme littéraire nouvelle. » (p. 174-175)

 
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